Covid-19 : La mission de l’entreprise, moteur de l’action au bénéfice du bien commun

Covid-19 : La mission de l’entreprise, moteur de l’action au bénéfice du bien commun

Quand la raison d’être de l’entreprise donne du sens à son action en situation de crise

Alors que le déconfinement est en train de se préparer, les initiatives telles que Recovery ou encore Inventons Le Monde d’Après réunissent toutes les bonnes volontés pour imaginer comment nous allons nous emparer et exister dans un avenir encore plus imprévu qu’auparavant. Au-delà des angoisses et des peurs que soulève la pandémie que nous traversons, on note qu’il souffle comme un vent de réinvention face à cet avenir inattendu.
Pour certains, c’est l’occasion de tourner la page d’un capitalisme sans borne et de s’engager pour un futur plus écologique, pour d’autres de continuer comme avant. Et il existe bien d’autres possibles. Alors, quel chemin suivre ? Pour VisioCamino, c’est la voie de la raison qui doit l’emporter et surtout de la raison d’être. Explications et illustrations à l’appui.

Des actions porteuses de sens

Dès la mise en place du confinement, beaucoup d’entreprises se sont mobilisées pour répondre à la crise. Uzful, cabinet conseil dédié aux marques engagées, réalise actuellement un travail de benchmark remarquable à ce sujet. Il est intéressant de noter que les formats d’action des entreprises sont très variées. Des dons aux hôpitaux à l’adaptation des outils de production pour répondre à la pénurie de masques et gels hydroalcooliques, les entreprises font preuve de résilience et de flexibilité. Mais une question se pose. Des entreprises comme Chanel qui a transformé ses lignes de production pour fabriquer des gels hydroalcooliques ou Michelin qui a mis à profit son expertise en impression 3D pour fabriquer des visières de protection verront-elles leur modèle évoluer sous l’impulsion de ces changements? Probablement pas car trop éloignés de leur cœur de métier, le luxe pour l’un, la mobilité pour l’autre. Mais si l’on se réfère à la guerre 14-18 qui a mobilisé plus de 15 000 entreprises pour répondre à l’effort de guerre, plusieurs bénéfices sont apparus :

  • les méthodes de travail ont évoluées. De 10 000 obus/jour aux 100 000 absolument nécessaires, les ingénieurs ont dû faire preuve d’ingéniosité pour augmenter les cadences, adaptées les chaines de production, réguler le travail,
  • les entreprises ont appris à décliner leur savoir-faire, une jugaad attitude déjà existante qui montre qu’on n’a pas attendu le XXI siècle pour hacker les façons de faire,
  • les entreprises qui se sont engagées ont marqué l’imaginaire collectif et sont entrées “dans le cœur” de la population.

Loin de vivre une situation similaire à celle de 14-18, on note tout de même que la mobilisation actuelle des entreprises se fait en faveur du bien commun et qu’au-delà des dons d’argent, il est intéressant de relever que beaucoup d’entreprises ont été inspiré par leur raison d’être pour répondre à l’appel général. Ce sont les valeurs qui ont guidé l’action de l’entreprise sur le front du virus. Une action en lien directe avec la vision de l’entreprise et en écho avec les attentes de la société. Tour d’horizon des actions “portées” par la raison d’être de l’entreprise.

 

Doctolib

Depuis son origine, la mission de Doctolib est simple : pouvoir en quelques clics trouver un professionnel de santé et prendre un rendez-vous en ligne. Avec le confinement qui vise à limiter un maximum les déplacements, mais surtout pas la consultation du corps médical, Doctolib a rendu gratuit son service de télé-consultation pour les médecins français le temps de l’épidémie. Une action concrète en accord avec sa raison d’être et son engagement de faciliter l’accès aux professionnels de santé, la consultation vidéo permettant d’orienter, de soigner et de suivre les patients à domicile tout en limitant la propagation du virus. Une action dans la continuité de sa raison d’être : mettre professionnels de santé et patients à un clic de souris.

U, les commerçants

On dira ce que l’on veut de la grande distribution, mais elle a beaucoup bougée sur le champ des valeurs. Du côté de système U par exemple, Dominique Schelcher (président de la Coopérative U) et les directeurs des magasins U, ont spontanément proposés aux producteurs de leur venir en aide pour écouler leur production. Ainsi, depuis le début du confinement, éleveurs, maraîchers, fromagers, apiculteurs… peuvent s’appuyer sur ce réseau pour maintenir leur activité économique. En menant cette action concrète qui demande une adaptation logistique importante, les magasins U sont alignés sur leur culture “Commerçants autrement”, en lien avec leurs valeurs du commerce à visage humain. On voit ainsi dans les magasins les producteurs bénéficier d’une mise en lumière inédite qui pourrait s’inscrire dans le temps.

Solidarité Système U

France Télévisions

Depuis sa création dans les années 2000, le Groupe France Télévisions, s’est développé en ayant à cœur de placer véritablement le téléspectateur au cœur de ses préoccupations. En se donnant pour mission d’offrir à son public une programmation riche et fédératrice dans le but d’informer, d’éduquer et d’animer le débat démocratique, on a vu se développer une offre spécialement destinée aux jeunes pour apprendre, réviser et comprendre le monde. Fort de ces années d’expérience et de sa mission d’éducation, les équipes de France Télévisions se sont mobilisées en un temps record pour offrir une émission adaptée à chaque niveau scolaire, en journée sur la chaîne France 4. Certes beaucoup de contenus proviennent de Lumni (anciennement France tv éducation), mais ce qu’il faut retenir, c’est que cette mobilisation et cette efficacité ont été permises parce que l’éducation est l’un des piliers de la mission de France Télévisions. Ces heures d’antenne, du CP au Lycée, font sens dans ces heures de confinement et participeront, sans aucun doute, à l’évolution de notre système éducatif qui disposait de ressources digitales méconnues du plus grand nombre.  

AP-HP et ses universités partenaires

En collaboration avec Coorpacademy, l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, ses universités partenaires, avec le soutien de l’Agence Régionale de Santé d’Ile de France, ont mis à disposition de tous les soignants une plateforme de formation en ligne sur la prise en charge des patients présentant une atteinte respiratoire grave liée au COVID-19. Ce sont plus de 20 000 utilisateurs rattachés au corps médical qui ont pu être formés en un temps record au B.A-BA de la ventilation, aux recommandations d’hygiène liées à la pandémie, à la réanimation en situation de Covid-19 et à bien d’autres formations en cours de préparation. C’est porté par leur mission de formation du corps médical que cette action de masse a été permise, au bénéfice du bien commun. Dans la même lignée, SimforHealth qui fournit des solutions numériques pour la formation des professionnels de santé, a permis à plus de 11 000 étudiants infirmiers dans 190 Instituts de formation en France, Belgique, Maroc, Tunisie, Suisse de continuer leur formation grâce à la mise à disposition gratuite de leur collection en soins infirmiers.

 

APHP - e-formation Covid19

Miimosa et le Groupe Sud Ouest

En créant deux plateformes permettant le rapprochement de producteurs/commerçants et de consommateurs dans l’esprit du circuit court, Miimosa, la plateforme de financement participatif dédiée à l’agriculture et l’alimentation et le Groupe de presse Sud Ouest se sont chacun appuyés sur leur mission pour répondre à la crise. Pour l’un faciliter le développement d’une agriculture plus respectueuse de son environnement, pour l’autre rendre compte de l’actualité régionale et prendre part à son développement économique. Ancrés dans leurs valeurs de communauté, de proximité et de solidarité, ils ont chacun développé deux plateformes, alimentationcitoyenne.fr et coursescontrelamontre.fr pour venir en aide aux cultivateurs et commerçants privés de marchés et risquant de se retrouver avec des tonnes d’invendus sur les bras. Deux plateformes qui risquent fort d’exister par la suite. Preuve qu’en s’appuyant sur sa raison d’être, les actions ont du sens et peuvent participer au développement de l’entreprise.

Prestashop et 3DS

Autre initiative originale, celle de Prestashop. Spécialiste e-commerce, cette société s’est donné pour mission, dès sa création, de développer un logiciel e-commerce utilisant uniquement des technologies open source innovantes. Appuyée sur une communauté importante, plus de 300 000 boutiques en ligne à travers le monde utilisent la technologie PrestaShop. Consciente de l’impact causé par le confinement aux boutiques traditionnelles peu présentes (voire pas du tout) sur le web, cette société logicielle s’est appuyé sur son cœur de métier pour lancer l’opération #RestartFromHome. Rapidement elle a donné accès gratuitement à des guides, des tutoriels, du mentorat d’experts, des réductions et des promotions de partenaires Prestashop afin de lancer sa propre boutique en ligne en partant de rien. Un excellent moyen pour écouler les marchandises en stock via un canal jusque là sous-exploité et aussi d’envisager l’avenir positivement. En s’appuyant sur ses valeurs communautaires et sa mission de développement du e-commerce pour tous, Prestashop a participé à sa manière à limiter la casse économique. Preuve qu’une entreprise, portée par une mission claire et partagée par sa communauté, peut venir en aide à la société, tout en poursuivant un objectif économique.

 —————————

Et le monde d’après ?

L’élan donné par ces organisations doit inspirer les entreprises qui vont devoir se relever de la crise et s’adapter à un monde chamboulé. Les consommateurs attendent des entreprises qu’elles produisent et agissent de façon responsable, sur la base de valeurs partagées. Est-ce raisonnable qu’un trajet en avion du Caire à Seattle dépense autant d’énergie que celle nécessaire à construire les pyramides de Gizeh ?

Cette crise doit être transformée en opportunité pour revisiter son modèle économique en adéquation avec les enjeux environnementaux et sociaux. Pour être performantes et durables, les entreprises vont devoir s’interroger sur ce qu’elles font et pourquoi elles le font, se poser la question de leur raison d’être, moteur de sens et d’action pour défnir une mission qui donne un cap à suivre clair et partagé.

En route pour 2020

En route pour 2020

Cheminer vers une vision partagée

Et si les entreprises pouvaient changer le monde en 2020?

Derrière cette expression qui peut en faire sourire plus d’un, se cache une réalité de plus en plus concrète pour les chefs d’entreprises attentifs aux transitions importantes de notre siècle (démographique, numérique, sociale et environnementale). Car face à l’incapacité des grands de ce monde à s’entendre sur la manière d’aborder ces transitions, de plus en plus d’entreprises sont prêtes à s’engager pour répondre à ces défis, conscientes de la nécessité d’agir pour le bien commun.

Une nouvelle pierre à l’édifice

L’année 2019 aura vu la pause de la première pierre en instituant les modèles d’entreprise à raison d’être et de société à mission au travers de la loi PACTE. Une loi apportant plus de latitude et de sécurité aux dirigeants prompts à innover et à tenir des engagements au bénéfice de la société toute entière, au-delà de leurs intérêts propres uniquement. Mais se doter d’une raison d’être ou devenir une société à mission demande à mettre l’entreprise en mouvement. Une mise en œuvre de la loi qui demande de l’engagement et de la méthode. Seulement voilà, comme l’a si bien dit Emery Jacquillat* en reprenant les mots du poète Antonio Machado : « il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant.» En effet, la loi a fourni le cadre mais pas le mode d’emploi. 2020 sera donc une année d’exploration pour les entreprises souhaitant préciser leur rôle dans la société. Une année de mise en mouvement.

Un chemin qui se dessine en marchant

  • À l’image d’une fusée à 3 étages, la loi PACTE n’impose pas à toute entreprise à devenir une entreprise à mission. C’est une démarche volontaire, qui se mène de façon progressive, en commençant par la formulation de sa raison d’être, un travail autour des valeurs, de ses ambitions avant d’arriver à la déclaration d’engagements auto-contraignants imposant des résultats sociétaux concrets, à l’image de ceux délivrés aux actionnaires.
  • Il n’y a pas d’âge pour s’engager. Ce qui compte, c’est l’envie. Un dirigeant de PME voyant son marché se transformer peut souhaiter porter une nouvelle vision. Tout comme le dirigeant d’une startup en hypercroissance peut souhaiter travailler sur ses valeurs pour renforcer l’engagement de ses collaborateurs. Dans tous les cas, ce qui prime, c’est le projet. Celui de ces dirigeants pour qui la science, l’innovation, l’engagement social sont des moteurs qui peuvent changer les choses au bénéfice de tous, au bénéfice d’une performance durable.
  • L’exercice qui consiste à formuler sa raison d’être et plus largement sa vision, est un véritable voyage en soi. Un voyage en 4 étapes qui vous amène à savoir qui vous êtes aujourd’hui, qui vous ramène aux sources de l’entreprise, à comprendre votre ADN, explorer les tendances et à vous projeter vers l’avenir. Un voyage fait de va-et-vient où l’on chemine au rythme des prises de conscience, des doutes, de clarification des enjeux. Ce processus où s’élabore et se partage la vision, c’est celui du visioning. La clef pour formuler sa raison d’être et se devenir à terme une société à mission.

En 2020, VisioCamino va donc cheminer allègrement aux côtés des dirigeants visionnaires en leur partageant un mode d’emploi et l’énergie pour mener à bien ce travail ambitieux mais essentiel.

* Président de la Communauté des entreprises à mission, PDG de Camif-Matelsom.